Le 4 Décembre (oui, dans deux petits jours), tu vas pouvoir découvrir ma dernière série Invisible sur Rocambole. De quoi ça parle ? De la haine des autres et plus particulièrement d’une jeune femme qui utilise Internet pour se venger de ses frustrations. Le terme le plus courant pour désigner ces personnes est haters.

Haters, qu’est-ce que c’est ?

Haters (terme anglais signifiant « haineux », parfois traduit par « rageux ») est une expression pour désigner un groupe de personnes qui, en raison d’un conflit d’opinion ou parce qu’ils détestent une personne, passe son temps à dénigrer une cible, par exemple les célébrités (ou des émissions de télévision ou des films ou éventuellement des vidéastes web) grâce aux réseaux sociaux ou en commentant des articles sur Internet (source Wikipédia).

On peut aussi croiser le terme troll qui définit le commentaire acerbe, haineux, vindicatif qui a la particularité d’être systématique. Certains s’acharnant sur un même sujet ou média, animés par le désir de nuire. Ils s’évertuent à commenter chaque vidéo, article ou simple post avec une pugnacité étonnante.

Il faut savoir que c’est souvent une dynamique de groupe et que parfois le vice est poussé jusqu’à l’utilisation de plusieurs comptes par une même personne.

Qui se cache derrière ces haters ?

C’est toute la difficulté de la chose, les haters n’ont (presque) pas de profil type. Il peut s’agir de Madame ou Monsieur tout le monde, cependant, des scientifiques ou sociologues se sont penchés sur ce phénomène pour essayer de le comprendre.

Il est donc possible de classer ces personnes selon deux profils : le hater compulsif (avec une variante) et le hater opportuniste.

Le hater compulsif va sur les réseaux sociaux à la recherche de bagarre virtuelle. Il (ou elle) lance des recherches sur des mots-clés spécifiques ou va sur les comptes pris en grippe et se lance. Aucune importance sur la nature du post, de la vidéo ou de l’article, le tout est d’attiser la bronca. Prendre quelques éléments isolés et les attaquer, dénaturer le propos dans son entièreté pour mieux agir, propager de fausses informations avec de pseudo preuves irréfutables (jamais fournies).

Bien entendu, il (ou elle) ciblera les erreurs des défenseurs, détournera le débat autour de la vraie-fausse question pour focaliser sur un détail qui servira de dénominateur. Et répéter l’opération autant de fois que nécessaire, si possible, avec plusieurs comptes. Éventuellement, aller chercher les autres copains en les taguant pour les inviter à la fête.

Le hater compulsif inversé est le résultat d’une espèce de mitose. Plus difficile à identifier, ce sont là des personnes qui claironnent être bienveillantes, gentilles, utilisant bien souvent des GIF choupinous et un vocabulaire de câlinothérapie. Pourtant, elles expliquent être régulièrement la cible des haters alors qu’elles seraient a-do-ra-bles. En réalité, ces personnes lancent des sujets polémiques usant de termes provocateurs pour attirer leurs frères ennemis et leur rentrent dans la gueule bien comme il faut… Ensuite, reprise de propos ouin-ouin pour démontrer que tous les autres sont trop méchants sans hésiter à réclamer de sa communauté de s’acharner sur les détracteurs. Tu vois le schéma ? Gentillesse + Provocation + Victimisation + Vengeance = Satisfaction.

Ces deux profils ont pourtant un point commun : la violence dans les mots et la démarche.

Le hater opportuniste est différent des deux exemples ci-dessus et personne n’est vraiment à l’abri de tomber dans ce type de comportement. C’est en général une personne active sur les réseaux sociaux ou les médias qui ne cherche pas la bagarre mais qui, au détour d’un sujet qui lui tient à cœur ou d’un compte auquel elle est abonnée, pourra participer à la vindicte populaire contre un autre membre ou un groupement. Pour cet occasionnel du troll, il n’y aura pas de mal puisque la cause est juste, excepté que sans le savoir, il sera probablement l’instrument d’individus aux motivations beaucoup plus sombres.

Comment se protéger ?

Depuis juillet 2019 et la loi Avia, il existe une obligation des gestionnaires de RS de censurer tous les commentaires haineux sur leurs plateformes sous peine d’amende. Seulement, le système de modération est d’abord confié à des algorithmes et si l’on en croit les chiffres, en 2018 seuls 31% de ces messages étaient supprimés dans les 24h. Le problème est encore plus compliqué pour les espaces administrés par des civils comme des forums communautaires ou autres qui ont parfois été la cible de groupes de haters. Des attaques répétées qui ont conduit à la fermeture provisoire ou définitive faute de réussir à juguler le flot.

Il existe aussi des collectifs citoyens à travers le monde qui s’efforcent de publier des messages positifs sur des sujets propices à la haine afin d’utiliser les paramétrages des plateformes qui classent ce type de commentaires dans les plus pertinents et donc, en haut de la liste.

La limite de ce système, c’est que rien ne protège vraiment un compte qui peut être la cible de personnes mal intentionnées et cela a des conséquences souvent dramatiques pour la victime. Qu’il s’agisse d’un profil d’artiste, d’une entreprise, d’un journaliste ou d’un anonyme, le cyber harcèlement peut conduire à la faillite, à la dépression ou au suicide.

Et tout ça, ça t’a donné envie d’écrire une série ?

C’est une question qui m’a été posée par une copine et la réponse est évidemment oui. Ce qui m’a attirée, ce n’est pas l’admiration que je peux porter dans la manifestation de la haine mais davantage le besoin d’imaginer ce qui motive une personne à passer du côté obscur.

Cette hystérie collective m’a rappelé un film qui m’avait choquée plus jeune, il s’agit de Fury de Fritz Lang sorti en 1936 dans lequel on assiste au lynchage d’un innocent par une foule en colère.

Les individus qui participent se tapissent dans l’ombre du nombre, persuadés de ne jamais être démasqués. Sans compter que sur internet, il est encore plus facile de se cacher même si, selon la gravité des propos, des moyens existent pour remonter la piste. Moyens qui seront encore améliorés puisque un arsenal législatif est en cours de préparation pour lutter contre ce fléau.

Pour en revenir à ma série, c’est l’aspect émotionnel que j’ai trouvé intéressant dans le phénomène des haters : comprendre qui peut se cacher derrière ces comptes et comment ils ou elles ressentent du plaisir dans l’attaque systématique ou occasionnelle. À partir d’études internationales, qui font consensus sur l’isolement social des haters compulsifs sinon, à leur profil psychotique, j’ai imaginé mon héroïne, Mathilde, et je l’ai poussée aussi loin que possible dans ses actes.

Invisible est donc une fiction qui a trouvé sa genèse dans des comportements toxiques… Comme pour de nombreuses autres histoires, me diras-tu. Et tu as parfaitement raison ! J’espère simplement que cette série te plaira autant que j’ai aimé l’écrire.

Infographie et informations utiles

Fiche de la CNIL en cas de harcèlement

Les missions de l’observatoire de la haine en ligne

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